Conférence par Gérard Neyrand - Avec le capitalisme de consommation de masse, et plus encore sa version néolibérale prépondérante depuis la sortie des 30 glorieuses, la pensée positive s’est développée par a-coups, favorisée par la prégnance du discours positiviste par excellence, la publicité. Elle trouve avec Émile Coué dans les années 20 en France, puis les pasteurs Norman Peale et Joseph Murphy dans les années 50 aux États-Unis un retentissement mondial, jusqu’à ce que le président de la société de psychologie américaine Martin Seligman décide en 1999 d’en élaborer une sous-discipline censée rendre compte des travaux sur le bonheur, la psychologie positive, formalisant alors la visée de scientificité que ses prédécesseurs avaient maladroitement sollicitée. Bien qu’extrêmement critiquée et controversée, et ne pouvant dénier ses références aussi bien à la religion qu’à l’ordre néolibéral promouvant la vision d’un individu maître de lui-même, le self made man, cette approche va déboucher sur la mise en avant d’une éducation dite positive, et son dernier avatar, la parentalité positive. Cette approche trouve par le biais d’internet et des réseaux sociaux une audience considérable, et provoque des effets paradoxaux tant sur les troubles de développement des enfants que sur l’épuisement des parents. L’intervention reviendra sur la genèse et la signification de cette pensée positive comme idéologie du néolibéralisme et sur ses effets sociaux.