Conférence par Svante Svahnström, ethnologue et historien d’art. Au 17ème siècle, la Suède, devenue une grande puissance à l’issue de la guerre de Trente Ans, combattait déjà depuis plusieurs siècles contre les royaumes voisins pour la domination de la Mer baltique et de l’Europe du Nord. L’action guerrière s’accompagnait de communication et de propagande visant à lui assurer le respect des puissances ennemies. Cette prétendue suprématie morale devait, dans le contexte du «göticism» (gothicisme) ambiant, s’expliciter par la présentation de généalogies royales prestigieuses et de récits de grandeur historique du peuple suédois : depuis le Déluge, passant par Hyperborée, Thulé, les Goths et les Scythes. Dans un siècle d’essor scientifique important, le grand savant Olof Rudbeck (Olaus Rudbeckius) réunit à l’aide de méthodologies nouvelles toutes ces théorisations dans une monumentale évocation du récit de Platon sur l’Atlantide destinée à démontrer la localisation du continent mythique en Suède. Cette étude de quatre volumes en 3000 pages de texte et un volume d’illustrations, « Atlas », publiée entre 1679 et 1702, est rédigée en suédois et en latin Elle est intitulée en suédois «Atland eller Manhem», «Atlantica» en latin. Situant l’Atlantide en Suède, elle est menée en application des principes de la révolution scientifique du 17e siècle. Méticuleusement, à l’aide d’innombrables analogies philologiques audacieuses, elle précise comment tout concourt pour montrer que langues, écritures, mœurs, divinités, récits mythiques européens trouvent leur origine en Suède.