LA CONFÉRENCE DU MOIS
Conférences et débats mensuels d’athéisme et de critique des religions.
Ces conférences s’adressent à tous ceux qui veulent mieux comprendre de manière objective les religions, le phénomène religieux et l’athéisme, et mener l’aventure de la condition humaine sans les béquilles de la croyance religieuse.
Lundi 21 mai à 20h30
L’amoralité des religions
Le mythe de la nature morale des religions
Par Eric Lowen

La plupart des religions véhiculent la croyance qu’elles moralisent l’homme et qu’elles possèdent une dimension morale intrinsèque, que la vraie religion est morale. Mais ces affirmations reposent sur des sophismes car toutes les religions possèdent des prescriptions morales mais ces “morales” ne sont aucunement convergentes. Quand l’une ordonne “tu ne tueras point”, l’autre ordonne au contraire de mourir l’épée à la main et prescrit des sacrifices doté d’une conscience morale. Cette conférence analysera le mythe de la moralité des religions, la manière dont les religions s’en servent comme faire-valoir et montrera que les religions sont des structures amorales.
EDITO
C’est fait !! Les élections sont passées, je parle ici des présidentielles, restent les législatives. J’ai cru entendre lors du discours du nouveau président parler de laïcité et de plus une forte référence à Jules Ferry ( gardons le meilleur du personnage - l’instruction publique .... et laïque, pas le pire : ses idées sur le colonialisme ).
J’ose espérer que ce discours ne sera pas qu’un voeu pieux ( j’ose ! ) et que rapidement et concrètement nous verrons des avancées dans la réaffirmation de la place primordiale que doit occuper la laïcité dans nos démocraties.
Jean-Luc Mouillé
LU DANS LA PRESSE
L'athéisme varie d'un pays à l'autre
(Blog de François Vercelletto Ouest-France.fr)
Une étude récente sur l'évolution des croyances en Dieu dans plusieurs pays met en évidence d'importants contrastes.
L'International social survey programme (ISSP) coordonne des recherches en sciences sociales. Les attitudes religieuses ont fait notamment l'objet d'enquêtes approfondies en 1991, 1198 et 2008.
Sur la base des observations recueillis, un chercheur de l'Université de Chaicago, Tom W. Smith, vient de publier une étude comparative sur la progression de l'athéisme dans 30 pays, pour la plupart européens, mais aussi d'Asie et d'Amérique du Nord. Intitulée Belief about God across time and countries, elle a été publiée le 18 avril 2012.
Je reprends ici la très bonne synthèse réalisée par Religioscope en surlignant quelques passages :
"L'étude révèle que la croyance en Dieu demeure forte, mais a diminué dans la plupart des pays: le déclin est modeste, mais une érosion (pour l'instant très lente) touche la majorité des pays considérés. Il existe aussi des pays dans lesquels la croyance en Dieu a augmenté entre 1991 et 2008: Israël, la Russie et la Slovénie. Plusieurs pays présentent des évolutions contrastées selon les aspects considérés.
Surtout, les situations de départ varient considérablement d'un pays à l'autre. En 2008, 52,1% des habitants de l'Allemagne de l'Est disaient ne pas croire en Dieu (dont 46,1% de non croyants "forts", qui ne croient pas en Dieu, n'y ont jamais cru et refusent totalement l'idée d'un Dieu personnel); ils sont suivis par 39,9% des Tchèques et 23,3% des habitants de la France. A l'autre extrême, seuls 0,7% des Philippins, 1,9% des Chypriotes et des Chiliens, 3% des habitants des États-Unis et 3,3% des Polonais se trouvaient dans les rangs des athées.
Entre l'athéisme et la croyance inébranlable en Dieu, les données prennent évidemment en compte différentes attitudes intermédiaires. L'étude permet de noter des variations par rapport aux tendances: en Allemagne de l'Ouest, par exemple, le pourcentage de ceux qui, parmi les croyants, se disent certains de l'existence de Dieu a légèrement augmenté.
La corrélation avec les résultats pour une forte croyance en Dieu ("je sais que Dieu existe vraiment et je n'ai pas de doutes à ce sujet") montre que ce sont principalement quelques pays post-socialistes, des pays de l'Europe du Nord-Ouest et la France dans lesquels l'incroyance est forte. Bien sûr, si l'étude était également conduite dans des pays à majorité musulmane ou dans différents pays africains, les résultats obtenus conduiraient à une diversification encore plus grande des résultats, avec de forts pourcentages de croyants convaincus: les résultats statistiques des Philippines montrent bien que l'on ne peut universaliser le taux de non croyance relativement élevé de certains pays occidentaux.
Le cas des Philippines met aussi en évidence un pourcentage élevé (60,2%) de "forte" croyance en Dieu: c'est-à-dire des gens sont certains que Dieu existe, y ont toujours cru et sont convaincus de l'existence d'un Dieu personnel. Les pays suivants dans le pourcentage de forte croyance en Dieu se retrouvent loin derrière: 38% en israèel et 35% aux Etats-Unis. En queue de liste de la forte croyance en Dieu: la France (9,9%), la Hongrie (9,6%), la Slovénie (7,9%), la Suède (7,1%), la Lettonie (6,9%), le République tchèque (5,8%), le Japon (3,3%) et l'Allemagne de l'Est (2,5%).
Une constante observée par Smith est la plus forte croyance en Dieu parmi les personnes des classes d'âge les plus élevées: parmi les personnes de plus de 68 ans dans les 30 pays dont les données ont été analysées, 43% se disent certains que Dieu existent, tandis que le pourcentage est 23% parmi les personnes âgées de 27 ans et moins — à nouveau avec de fortes variations selon les pays: 54% des Américains de moins de 28 ans sont certains que Dieu existent, mais seulement 8% des Français de la même classe d'âge; 66% des Américains de 68 ans et plus partagent cette certitude, mais 26% des Français du même âge.
Smith remarque que la plus forte croyance moyenne en Dieu parmi les personnes âgées ne correspond pas seulement à une perpétuation d'attitudes déjà adoptées durant de précédentes périodes de l'existence: il y a bel et bien une augmentation de la croyance en Dieu à partir de 58 ans, souligne Smith dans le communiqué de presse diffusé à l'occasion de la publication de l'étude, estimant que cela est sans doute lié à une anticipation de la mort.
http://religions.blogs.ouest-france.fr/archive/2012/04/26/atheisme-progression-monde.html
Résumé du livre

Classiquement considérée comme un des principaux marqueurs de la gauche, la laïcité aurait-elle viré à droite, voire à l'extrême droite ? La question se pose depuis le « débat sur la laïcité» de l'UMP, les effets de manche de la droite populaire et les références répétées de Marine Le Pen à la séparation de la religion et de l'État. De nombreuses personnalités, de gauche et au-delà, dénoncent cette dérive sans véritablement réussir à la réfuter. Protester contre la « stigmatisation » des musulmans - qui est souvent le vrai motif de cette nouvelle posture « laïque » est bien sûr nécessaire. Mais en rester là se révèle totalement insuffisant, car cette «nouvelle laïcité» de droite se pare de valeurs partagées comme la démocratie, l'égalité des sexes et la liberté d'expression. Il est donc urgent d'analyser, point par point, comment la laïcité peut être ainsi falsifiée et pourquoi on fait dire aussi facilement à la loi de Séparation de 1905 le contraire de ce qu'elle a réellement dit.
C'est ce que fait Jean Baubérot dans cet essai enlevé, où, en historien et sociologue, il démonte avec minutie et rigueur les mécanismes de la « nouvelle laïcité». Il montre que, pour promouvoir la laïcité, il faut oser mettre en cause les structures dominantes de la société elle-même. Et il propose enfin un “programme républicain pour refonder la laïcité” et une libération des cléricalismes d'aujourd'hui, grâce à la recherche d'un art de vivre : la "laïcité intérieure".
CITATIONS
« J’ai choisi la justice, pour rester fidèle à la terre. Je continue à croire que ce monde n’a pas de sens supérieur. Mais je sais que quelque chose en lui a du sens, et c’est l’homme, parce qu’il est le seul être à exiger d’en avoir. »
Albert Camus. L’Homme Révolté
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« Les monothéismes détestent également les individus qui ne sacrifient pas au même Dieu qu’eux. Intolérants, jaloux, exclusifs, arrogants, sûrs d’eux, dominateurs, ils s’érigent en loi pour autrui. D’où leur complicité de toujours avec les guerriers, les soldats, les militaires - du sicaire payé par les tribus primitives au terroriste surfant sur le Net, en passant par les armées régulières de tant d’Etats… »
Michel Onfray. La philosophie féroce
SUR LA TOILE
Tunisie : deux athées condamnés à la prison
Thierry Brésilon blog rue 89 publié le 7/04/2012
Au départ cela ressemble à l'une de ces rumeurs dont sont infestés les réseaux sociaux. Mais l'affaire est authentique : deux tunisiens ont été condamnés le 28 mars par le tribunal correctionnel de Madhia à sept ans de prison ferme et à 600 euros d'amende pour la publication d'ouvrages et de dessins défendant l'athéisme et critiquant l'islam. Jaber El Majri, professeur d’anglais, avait publié sur page Facebook des dessins particulièrement crus, où il représente par exemple un porc sur la Kaaba (la pierre noire de la Mecque), et des propos assez virulents par lesquels il exprime sa haine des Arabes et son soutien au Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu. Il est actuellement en détention.
Le second, considéré comme son complice, Ghazi El Beji, est l’auteur d’un petit roman publié en ligne, intitulé « L’Illusion de l’islam », dans lequel il met en scène le prophète Mohamed et son épouse Aïcha. Il est actuellement en fuite à l’étranger. Les faits sont clairement décrits dans l’excellent travail d’enquête des blogueuses Henda Hendoud et Olfa Riahi.
L’athéisme « plus grave que le meurtre »
Foued Cheikh Al Zouali, l’avocat qui a porté plainte à la demande de simples citoyens, comme les policiers qui entendu les deux accusés, insistent pour dire que les poursuites ne sont pas motivées par les convictions des deux jeunes hommes, mais par leurs actes, en l’occurrence, leurs écrits.
Des faits qui relèvent notamment de l’article 121 ter du code pénal sanctionnant les publications « de nature à portée atteinte à l’ordre public et aux bonnes mœurs ». Le même texte invoqué contre le directeur du quotidien Ettounsiya.
Cette disposition était utilisée autrefois contre les opposants au Président Ben Ali. Entre autres l’actuel ministre de la Réforme administrative, Mohamed Abbou, à l’époque où il dénonçait la torture.
Mais les termes de l’avocat, qui évoque à propos de Ghazi el Béji le « complice d’athéisme » de Jaber el Majri, « un crime plus grave que le meurtre », trahissent le grief à l’origine de la plainte. De même, le résumé de l’ouvrage « L’Illusion de l’islam » par la police mentionne : « Doute de l’existence de Dieu, doute de l’existence d’une religion nommée Islam, doute de l’existence du Prophète Mohamed, avec justificatifs du doute comme y insiste l’auteur ». Aucune mention d’un quelconque « trouble public » avéré et effectif.
Pas besoin de la charia pour emprisonner
Cette histoire apporte plusieurs enseignements. Tout d’abord qu’il n’a pas été nécessaire d’inclure la charia dans la Constitution ou de modifier son article 1er qui stipule que la religion de la Tunisie est l’islam, ni même de rédiger une nouvelle loi, pour envoyer quelqu’un en prison pour blasphème.
La lettre de la loi n’a pas changé, mais de tout évidence la pression sociale et l’esprit dans lequel les magistrats interprèteront la Loi, suffiront à islamiser le Droit. Et si d’autres dispositions constitutionnelles ne garantissent pas explicitement les libertés publiques, les aspects les plus restrictifs et discriminants de la doctrine religieuse pourront déterminer la jurisprudence.
L’autre enseignement est la lenteur avec laquelle l’affaire est sortie dans les médias. Le camp des opposants les plus allergiques à Ennahdha a tellement amplifié le moindre incident, relayé des rumeurs infondées ou des informations parcellaires, en un mot crié au loup, qu’il a fallu attendre plusieurs jours pour que l’information soit confirmée par une enquête. Et ce ne sont pas les journalistes des médias traditionnels qui l’ont menée, mais des militants et des bloggeurs.
Pas la cause la plus facile à défendre
Par ailleurs, la gêne est sensible. Les deux accusés n’ont pas eu d’avocat et peu de voix s’élèvent publiquement pour les défendre. C’est qu’une fois de plus, la liberté d’expression n’a pas le meilleur flambeau.
Après la projection un peu racoleuse et la traduction outrancière de « Persepolis » par la chaine Nessma, après la publication en couverture du quotidien Ettounsiya d’une femme quasiment nue, dont l’utilité informative est encore à démontrer, le risque est d’ancrer dans l’opinion l’équivalence entre liberté d’expression et insulte à l’islam ou immoralité.
Une perception qui n’aide pas forcément les députés progressistes et républicains qui, au sein de la Constituante, tentent d’inclure dans la future loi fondamentale une référence à la déclaration universelle des droits de l’Homme.
La présidence de la République, par la voix de son porte parole Adnane Manser, a justifié la condamnation :
« Attaquer les symboles sacrés de l’Islam ne peut être considéré comme relevant de la liberté d’expression. Nous sommes un pays musulman, et à cet égard, nous sommes contre ceux qui insultent les religions.
Il s’agit d’une forme d’extrémisme, qui provoque des réactions extrêmes que nous devons éviter en cette période délicate. »
Il faudra s’habituer à ce que le sentiment religieux joue un rôle important en Tunisie. Les intellectuels français qui se veulent solidaires devront apprendre à élargir leur empathie au-delà des « Tunisiens des Lumières ». Décrypter ce débat dépasse les interprétations binaires.
« Diffamation des religions », un délit contesté
Le secours de la doctrine des Nations unies pourrait être en revanche plus précieux pour définir les termes de la relation orageuse entre liberté d’expression et religion.
Elle a, en effet, récemment évolué. Pendant des années, sous la pression de l’organisation de coopération islamique (OCI), la « diffamation des religions » était retenue par l’Unesco et la commission des droits de l’homme comme une limite à la liberté d’expression.
En clair, une simple critique, une caricature, même une approche scientifique remettant un dogme en question pouvait être assimilée à une diffamation.
Depuis une résolution de l’Assemblée générale de décembre 2011, la doctrine a évolué et rejeté la notion de diffamation des religions, trop favorable aux gardiens du temple les plus liberticides.
Les Nations unies se réfèrent dorénavant à une notion plus complexe : « ... la lutte contre l’intolérance, les stéréotypes négatifs, la stigmatisation, la discrimination, l’incitation à la violence et la violence fondés sur la religion ou la conviction. » Elle a mérite de ne plus pénaliser une expression visant une religion, mais de protéger les personnes pratiquant cette religion contre les préjugés et les appels à la haine.
Une évolution dont les constituants tunisiens et les acteurs sociaux pourraient davantage profit que des invectives entre « laïques » et « islamistes ».
http://blogs.rue89.com/tunisie-libre/2012/04/07/tunisie-deux-athees-condamnes-la-prison-227133
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