LA CONFÉRENCE DU MOIS
Conférences et débats mensuels d’athéisme et de critique des religions.
Ces conférences s’adressent à tous ceux qui veulent mieux comprendre de manière objective les religions, le phénomène religieux et l’athéisme, et mener l’aventure de la condition humaine sans les béquilles de la croyance religieuse.
Lundi 16 avril à 20h45
( ATTENTION NOUVEL HORAIRE ! )
La relativité des religions
Introduction au relativisme religieux
Par Eric Lowen
Toutes les religions s'affirment supérieures aux autres, chacune prétendant détenir “la” vérité, les autres étant dans l'erreur. Chaque religion vit de manière autiste dans un univers mental religiocentrique dont elle occupe le centre de manière exclusive. Cette attitude est d'autant plus gênante qu'il existe des milliers de religions. Cette conférence expliquera les éléments principaux du relativisme religieux dans ses trois axes majeurs : anthropologique, culturel et historique.
EDITO
Si une conférence devait être d’actualité ce serait bien celle de la semaine prochaine. En effet les événements ces derniers temps se précipitent, cristallisent et révèlent les crispations des différentes religions. Il faut reconnaître que l’activité s’y prête, entre l’affaire Merah, les élections présidentielles et les célébrations de pâques, chacun y va de sa vérité, en prétendant que c’est bien entendu la seule et unique. Nul doute qu’un peu de relativisme est le bienvenu !
Quant à l’entretien d’Edgar Morin donné au Monde des religions, où il renvoie dos à dos les deux grands monothéismes ( christianisme et islam ) pour ce qui est de leur nocivité, je me permets, a contrario, de penser que oui, il est utile de se débarrasser des dieux !
Jean-Luc Mouillé
LU DANS LA PRESSE
Edgar Morin : "Il est inutile de tenter de se débarrasser des dieux"
propos receuillis par Frédéric Lenoir et Jennifer Schwarz - publié le 21/03/2012
Rencontre avec le sociologue et philosophe Edgar Morin, 90 ans, qui répond à nos questions sur l'origine et le sens de l'invention des dieux dans les civilisations humaines.

© Martin Bureau / AFP
Quel regard portez-vous, à plus de 90 ans, sur le phénomène religieux?
Presque toutes les sociétés ont donné naissance à des dieux, détenteurs de pouvoirs surnaturels, qui commandent aux éléments et donnent des ordres aux hommes, jusqu’au sacrifice d’eux-mêmes. Les Aztèques allaient jusqu’à sacrifier des jeunes gens pour régénérer le dieu soleil! Les dieux sont très puissants: ils nous font peur, nous demandent de l’amour, exigent le respect. Étant aussi divers que les civilisations qui les ont portés, on peut affirmer qu’ils ont été inventés par ces communautés. Un ensemble d’esprits a, en effet, la force spirituelle de créer un univers, des dieux, dotés d’une existence réelle.
Nous sommes environnés de ces univers-là. Des pensées, des idées se transforment ainsi en entités réelles et existent en fonction de la communauté qui les produit. Si cette communauté disparaît, ses dieux meurent. Ce qui est vrai à propos des dieux l’est aussi à propos des idéologies. Les esprits laïcisés suscitent d’autres formes de croyance, telles que le communisme. Cette religion moderne n’offre plus le salut dans le ciel, mais sur la terre, elle a aussi ses martyrs, ses héros. Puisque nous ne pouvons lui échapper, il faut prendre conscience de tout cet univers noologique, de sa force, de sa puissance. Un mythe ne sait pas qu’il est un mythe, il se prend pour une réalité.
Nous devons donc savoir que nous avons des mythes qui ont une force réelle mais qu’ils n’en demeurent pas moins des mythes. Pour établir de meilleurs rapports avec cette sphère de l’esprit, pour humaniser nos relations avec nos dieux, nous devons dialoguer avec nos mythes, leur dire: « Ne me demande pas trop, ne sois pas despotique » Nous pouvons nous-mêmes, tout en les conservant, leur demander de ne pas nous étouffer.
Ce que vous dites est très bouddhique. Nos pensées créent des formes qui finissent par exister sur un plan subtil. Ces « formes-pensées » deviennent à leur tour des déités qu’on peut vénérer parce qu’elles ont une utilité par rapport à nos croyances. Mais dans le bouddhisme, si certaines déités deviennent nocives ou trop envahissantes, il faut même cesser de les vénérer !
Le bouddhisme a bien compris que les divinités sont des réalités secondaires. Le monothéisme met l’accent sur l’unité alors que le polythéisme met l’accent sur la diversité. L’un et l’autre ont leur vérité mais les sociétés polythéistes sont plus tolérantes, plus humaines. D’une certaine façon, je suis également spinozien dans le sens où Spinoza a éliminé tout dieu extérieur au monde et a placé la créativité au niveau de la nature. Oui, à mon sens, une créativité extraordinaire est à l’œuvre dans la nature.
Mais d’où vient-elle? Je crois en un profond mystère. Notre esprit, notre raison sont limités. La vertu de la bonne rationalité consiste à concevoir les limites de cette raison, comme l’ont très bien exprimé Pascal ou Kant. Il existe néanmoins des domaines – la poésie, la musique – qui nous font pénétrer l’indicible. Si je ne crois pas en un quelconque dessein intelligent, en revanche, je laisse ouvert le mystère de la vie et de l’existence. Je me sens en ce sens très proche de la tradition apophatique.
La mystique a pour visée de pénétrer l’indicible. Y êtes-vous sensible?
Tout à fait, les grands mystiques font l’expérience très profonde de la non-séparation, de la non-dualité. L’extase, nous explique la science, est un état cérébral inhibant nos centres cérébraux qui opèrent le reste du temps une séparation entre le moi et le monde. L’extase est capable de mettre en veilleuse ce dispositif de l’esprit qui nous ramène à notre individualité, à notre égotisme. Cela doit nous aider à comprendre que tout ce qui est séparé est néanmoins inséparable. Nous arrivons ici à des contradictions et à des paradoxes qui sont l’extrême limite de ce que l’esprit peut atteindre. Au-delà, il y a l’indicible.
Selon vous, se débarrasser des dieux serait-il donc un progrès de l’humanité?
À notre époque, les deux monothéismes dominants, le christianisme et l’islam, ont la vertu d’être universalistes. Ils portent en eux un principe très beau : l’« aimez-vous les uns les autres » des Évangiles, la clémence et la miséricorde de l’islam. Je remarque pourtant dans leur histoire une prédominance des formes de violence, d’agressivité envers les autres religions. Leur sève est excellente, mais le rôle qu’ils ont joué est extrêmement négatif. Néanmoins, je considère qu’il est inutile de tenter de se débarrasser des dieux. On créera toujours d’autres mythes pour les remplacer.
http://www.lemondedesreligions.fr/culture/edgar-morin-il-est-inutile-de-tenter-de-se-debarrasser-des-dieux-21-03-2012-2369_112.php
PUBLICATIONS

Résumé du livre
'A-théisme ': la construction même du mot porte la marque de la négativité. Les athées penseraient essentiellement 'contre 'la religion, et se placeraient d'eux-mêmes en marge de l'histoire de la pensée. Isolés, solitaires, leur parole ferait figure d'anecdote sans postérité. Pour démontrer qu'au contraire, l'athéisme a de tout temps constitué une vision du monde cohérente, fertile et largement partagée, l'historien Georges Minois leur dédie un monumental dictionnaire qui va d'Anaximandre de Milet à Émile Zola en passant par Socrate, Voltaire, Aragon ou encore Woody Allen, ainsi que des dizaines de figures méconnues. Il apporte par là une contribution précieuse à l'histoire de la pensée.
« Il y a plusieurs façons de ne croire en aucun dieu. On peut douter de tous, juger que la question de leur existence est indécidable, ou encore affirmer leur inexistence. Cela définit trois positions différentes : le scepticisme, l’agnosticisme, l’athéisme. Ce qui les rapproche ? De n’être pas religieuses. A la question « Croyez-vous en Dieu ? », les partisans de l’un ou l’autre de ces trois courants peuvent en effet, en toute rigueur, apporter la même réponse : « Non. » C’est ce qui justifie que Georges Minois ait pu les rassembler dans un même et remarquable dictionnaire : tous sont des mécréants, si l’on entend par là, conformément à l’usage, quelqu’un qui ne croit pas en Dieu. L’athéisme n’est pas une doctrine. On serait bien en peine de trouver une seule thèse positive qui soit commune à tous ses partisans, ou même à la plupart d’entre eux. C’est qu’ils ne s’accordent que sur ce qu’ils refusent. Ils n’ont en commun qu’une seule thèse, purement négative, que leur nom résume (athéos : « sans Dieu ») et qui suffit à les définir : ils pensent que Dieu, ou les dieux, n’existent pas. Pourquoi ? Comment ? Avec quels arguments ? Contre quels adversaires ? C’est ce que ce monumental dictionnaire – d’autant plus impressionnant qu’il est l’oeuvre d’un seul auteur – permet d’explorer. (C’est un travail considérable, qui vient à son heure. Il était urgent, face à ce qu’on appelle parfois le « retour du religieux » et qui prend trop souvent la forme d’une montée des fanatismes, de faire entendre d’autres voix, qui sont de liberté, de lucidité, de révolte et d’incroyance. » André Comte-Sponville.
http://www.gadlu.info/dictionnaire-des-athees-agnostiques-sceptiques-et-autres-mecreants.html
Ce dictionnaire de 460 pages nous fait découvrir un tas d’athées, agnostiques, sceptiques et autres mécréants, du poète arabe Abu Alalae El Mâari à Emile Zola. L'auteur, Georges Minois, est un historien français, notamment spécialisé dans l'histoire religieuse. Il s'est donc lancé un fameux défi en se lançant dans la rédaction d'un tel dictionnaire. D'autant plus que les termes mêmes athées, agnostiques, sceptiques ou mécréants prêtent à interprétation. Dans sa préface, André Comte-Sponville rappelle qu'à la question “Croyez-vous en Dieu ?”, les sceptiques, les agnostiques et les athées ont la même réponse: Non. Par contre, leur réponse diffère lorsqu'ils répondent à la question Dieu existe-t-il?
Dans son avertissement, Georges Minois rappelle que l'exercice auquel il s'est livré avait déjà été effectué en... 1800 par Sylvain Maréchal (membre de la Loge du GODF La Céleste Amitié et auteur d'un Projet d'une loi portant défense d'apprendre à lire aux femmes avec son Dictionnaire des athées anciens et modernes. Et Minois constate : Aujourd'hui comme en 1800, l'athée n'est toléré qu'à condition qu'il se taise. Dans les pays musulmans, il est supposé ne pas exister; en occident, il est prié de garder pour lui ses opinions, et ses rares tentatives d'intervention publique provoquent indignation et plaintes en justice de la part des responsables religieux offusqués. Comme autrefois, l'athéisme est encore largement associé dans l'esprit des croyants à l'amoralisme, voire à la dépravation. D'où un "athéisme honteux".
Georges Minois a opéré une sélection mais ne se limitant cependant pas aux athées "purs et durs" genre Diagoras l'Athée, certains croyants ont pu, à leur corps défendant, contribuer par leur philosophie au développement de l'athéisme. Et il est des personnalités citées dont on ne connaît pas nécessairement l'opinion comme Napoléon Bonaparte.
C'est une invitation à découvrir des philosophies, des personnages aussi. Certains avec des noms étonnants comme cet Ariston de Chio surnommé Ariston le Chauve et Ariston le Séduisant. Ou des mécréants d'un autre genre comme la courtisane grecque Leontion ou l'auteur H.P. Lovecaft. Dans la galerie des personnalités athées surprenantes figurent aussi des religieux comme les abbés Bouchard, Bourdelot, La Chapelle, le cardinal La Valette, le curé Meslier, l'ex-prêtre Victor Charbonnel et, bien sûr, le moine dominico Giordano Bruno (brûlé en 1600). Ce dictionnaire ne fait pas que plonger dans le passé puisqu'on y trouve par exemple un François Cavanna ou le philosophe et spécialiste des neurosciences Sam Harris.
CITATIONS
« La croyance en Dieu fait et doit faire presque autant de fanatiques que de croyants. Partout où l’on admet un Dieu, il y a un culte ; partout où il y a un culte, l’ordre naturel des devoirs moraux est renversé, et la morale corrompue. Tôt ou tard, il vient un moment où la notion qui a empêché de voler un écu fait égorger cent mille hommes. »
Diderot. Lettre à Sophie Volland.
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« Toutes les grandes vérités sont d’abord des blasphèmes. »
Bernard Shaw
SUR LA TOILE
Dans le jeu vidéo, violence et religion se conjuguent
Anaïs Heluin - publié le 14/03/2012

Depuis les années 1990 qui voient le jeu vidéo devenir phénomène de masse, la violence présente dans de nombreux titres fait débat. Greg Perreault, chercheur à la faculté de journalisme de l'université de Missouri, s'intéresse aux rapports entre violence et religion dans les scénarios des jeux vidéos. Depuis une dizaine d'années, ces deux notions seraient, selon lui, de plus en plus souvent assimilées.
Début mars, la firme japonaise Nintendo interdisait la sortie du jeu Binding of Isaac. La violence, habituelle coupable dans ce type d'affaires, n'y est pour rien : c'est dans la dimension religieuse du titre qu'il faut chercher une explication. Basé sur une référence à l'histoire biblique d'Abraham, le jeu met en scène Isaac, nouveau-né que sa mère décide de sacrifier pour prouver sa foi à Dieu. Bien que tout petit, le héros n'est pas dupe. Il s'enfuit et trouve refuge dans un labyrinthe truffé de monstres, glauque au possible. Trop glauque, apparemment, pour Nintendo qui justifie son refus par le "contenu religieux douteux" du jeu.
Une décision très mal perçue par la presse autant que par le public. Pourquoi, alors que ses concurrents principaux que sont Sony et Microsoft publient ce type de programmes, la firme Nintendo y répugne-t-elle ? Personne n'a de réponse. Seule évidence : le fabricant nippon nage à contre-courant de la tendance actuelle. À travers les premiers résultats de sa recherche, Greg Perreault confirme cette intuition née du cas Nintendo. Pour cet universitaire, l'entrée de la religion dans les jeux vidéos remonte à Super Mario Bross, l'un des tout premiers jeux de plateforme développé en 1985. Mais c'est surtout à partir des années 1990, que la religion commence à être traitée avec profondeur.
Comme tous les autres sujets abordés par les jeux vidéos, ceux-ci atteignant "un degré narratif tel qu'ils parviennent aujourd'hui à dialoguer avec les événements qui marquent les civilisations occidentales depuis plusieurs siècles", observe le chercheur. "Les Japonais étant les leaders actuels du jeu vidéo, ce sont aussi eux qui produisent le plus de titres à caractère religieux", précise-t-il. Le jeu vidéo étant un produit mondialisé, les concepteurs japonais ne se focalisent pas sur une conception orientale de la religion. Au contraire.
Un cadre le plus souvent monothéiste
Et si certains jeux sont situés dans un contexte polythéiste, la plupart se déploient dans un cadre monothéiste. Des cinq jeux qu'a pour le moment le plus exploré Greg Perreault (pas moins de 30 à 70 heures de jeu par titre), seul Oblivion sorti en 2006 présente en effet une croyance en plusieurs dieux. La quête du Chevalier des Neuf est la plus significative. Elle débute par une discussion entre le héros, une sorte de chevalier croisé, et un prophète. Ce dernier remet une carte au personnage central, qui indique les prières aux neuf dieux que le héros doit prier. Le chevalier est donc entouré d'une certaine sainteté, mais il doit donner la mort pour sauver son royaume de conspirateurs adeptes d'une secte mystérieuse baptisée "Aube mythique".
Castelvania, Final Fantasy 13 et Assassin's Creed reprennent certains traits de Oblivion. À chaque fois, le thème est "matérialisé par un obstacle, une épreuve que le héros doit surmonter. L'expérience peut être physique, comme une confrontation avec des fanatiques religieux, ou bien morale", explique Greg Perreault. Le type de religion présent n'influence donc pas la structure du jeu.Toujours assez similaire, celle-ci est accompagnée d'une intrigue, d'un environnement particulier. Le premier des trois jeux par exemple, à l'esthétique largement inspirée du manga, se déroule dans un monde céleste nommé Cocoon. Les habitants y vivent paisiblement, jusqu'à ce que Gareth Dysley, médiateur entre l'humanité et son Dieu et donc équivalent d'un pape, décide de les réduire en esclavage. Le but du jeu : tuer le religieux pour restaurer l'ordre.
Il est donc fréquent que, pour faire le bien, le héros doive donner la mort. Mais certains jeux, les plus critiques, échappent à cette règle. La religion dans son ensemble y est alors entachée de violence. C'est le cas de Assassin's Creed, par exemple. Créé en 2007 par Ubisoft, ce titre est dédié à la recherche du "Fragment d'Éden", sensé permettre de contrôler l'esprit des hommes. Le protagoniste, Desmond Miles, est un jeune Américain dont les ancêtres faisaient partie de la secte des Assassins. Enlevé par une multinationale qui cache une branche moderne des Templiers, il se retrouve plongé dans la quête du "Fragment" contre les Templiers qui veulent se l'approprier pour dominer le monde. Ce jeu dépasse le degré critique des autres quand on apprend que les Assassins non plus n'ont pas de bonnes intentions.
Se pose donc la question des motivations des développeurs qui présentent une vision si négative de la religion. Selon Greg Perreault,
"leur but n'est pas de présenter la religion comme une source de violence, mais plutôt de traiter un thème susceptible de stimuler le joueur. Comme les jeux vidéos plaisent surtout pour leur violence, la plupart des jeux en sont imprégnés, qu'ils traitent de religion ou non".
Il est difficile de croire, pourtant, que les concepteurs ne s'opposent pas volontairement à l'idée selon laquelle la religion est paix. Les nombreux événements en Europe où religion s'est conjuguée avec violence sont en effet de nature à orienter ainsi la création des jeux. Et la bonne réception des joueurs. Quant à la crainte récurrente de voir la fiction influencer le réel, et donner lieu à une haine antireligieuse, le chercheur la balaie aussi. "Les joueurs ne sont pas abrutis devant leur console. Ils peuvent interagir avec les messages qui leur sont délivrés", rassure-t-il. Le croisement de la violence et de la religion ne serait donc qu'un prétexte à distraction, sans conséquences. Dans tous les cas, le "8ème art" s'ouvre à des recherches prometteuses.
http://www.lemondedesreligions.fr/actualite/dans-le-jeu-video-violence-et-religion-se-conjuguent-14-03-2012-2363_118.php
Du vote selon la religion
Frédéric Lenoir - publié le 01/03/2012
La question du vote des Français en fonction de leur religion est très rarement abordée. Même si, en vertu du principe de laïcité, l’appartenance religieuse n’est plus demandée dans les recensements depuis le début de la IIIe République, nous disposons d’enquêtes d’opinion qui, elles, donnent quelques éléments à ce sujet. Du fait d’un échantillonnage trop étroit, celles-ci ne peuvent toutefois mesurer les religions trop minoritaires, comme le judaïsme, le protestantisme ou le bouddhisme, qui ont chacune moins d’un million de fidèles. On peut toutefois se faire une idée précise du vote des personnes se déclarant catholiques (environ 60 % des Français, dont 25 % de pratiquants) et musulmans (environ 5 %), mais aussi des personnes se déclarant « sans religion » (environ 30 % des Français). Un sondage Sofres/Pèlerin Magazine effectué en janvier dernier confirme l’ancrage historique à droite des catholiques français. Au premier tour, 33 % d’entre eux voteraient pour Nicolas Sarkozy, et le score passe à 44 % chez les catholiques pratiquants. Ils seraient également 21 % à voter pour Marine Le Pen, mais le score se réduit à celui de la moyenne nationale chez les pratiquants (18 %). Au second tour, 53 % des catholiques voteraient pour Nicolas Sarkozy contre 47 % pour François Hollande, et les pratiquants voteraient à 67 % pour le candidat de droite – et même à 75 % pour les pratiquants réguliers.
Ce sondage nous apprend également que si les catholiques s’alignent sur la moyenne de l’ensemble des Français pour mettre la défense de l’emploi et la défense du pouvoir d’achat comme leurs deux principales préoccupations, ils sont moins nombreux que les autres à se préoccuper de la réduction des inégalités et de la pauvreté mais plus nombreux à se soucier de la lutte contre la délinquance. La foi et les valeurs évangéliques pèsent finalement moins dans le vote politique de la majorité des catholiques que les préoccupations d’ordre économique ou sécuritaire. Peu importe, d’ailleurs, que le candidat soit catholique ou non. Il est ainsi frappant de constater que le seul candidat majeur à l’élection présidentielle qui affiche clairement sa pratique catholique, François Bayrou, ne recueille pas plus d’intentions de vote chez les catholiques que dans le reste de la population. La plupart des catholiques français, et surtout les pratiquants, sont avant tout attachés à un système de valeurs fondé sur l’ordre et la stabilité. Or François Bayrou, sur différentes questions de société aux enjeux éthiques fondamentaux, a un point de vue progressiste. De quoi déstabiliser, sans doute, une bonne partie de l’électorat catholique traditionnel. Nicolas Sarkozy l’a sans doute bien senti, lui qui, sur les lois de bioéthique, l’homoparentalité ou encore le mariage homosexuel, reste en conformité avec des positions catholiques traditionnelles.
Enfin, les enquêtes menées par le Centre de recherches politique de Sciences Po montrent que les musulmans français, à l’inverse des catholiques, votent massivement à gauche (78 %). Même si les trois quarts d’entre eux occupent des emplois faiblement qualifiés, on constate toutefois un vote spécifiquement lié à la religion puisque 48 % des ouvriers et des employés musulmans se classent à gauche, contre 26 % des ouvriers et des employés catholiques et 36 % des ouvriers et des employés « sans religion ». Dans leur ensemble, les “ sans religion » – une catégorie qui ne cesse de grandir – votent d’ailleurs aussi fortement à gauche (71 %). Apparaît donc une étrange alliance, entre des « sans religion » – le plus souvent progressistes sur les questions sociétales – et les musulmans français, sans doute plus conservateurs sur ces mêmes questions, mais engagés dans une logique du « tout sauf Sarkozy ».
http://www.lemondedesreligions.fr/chroniques/editorial/du-vote-selon-la-religion-01-03-2012-2307_161.php
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